La nature est fragile

Le Flambé

La photographie m’a rendu contemplatif, respectueux de la nature ; rêveur obsédé de sa beauté. Au point d’avoir peur d’en briser l’harmonie si fragile en osant l’approcher de trop près. Toucher de trop près sa beauté revient à la détruire. « Toute chose, en vérité, a l’essence du sacré, mais nous pouvons la profaner rien qu’en y portant la main. Quelle étrange créature que l’homme ! Il profane en la touchant et cependant il porte en lui une source de miracles. » Ainsi s’exprimait Mizoguchi, le moine du Pavillon d’Or de l’immense écrivain japonais Yukio Mishima, auteur plus connu par son chef d’oeuvre : La Mer de la Fertilité. 

Au cours d’un voyage au Japon, l’écrivain crétois Nikos Kazantzàkis avait éprouvé exactement le même sentiment que Mishima. Il avait arraché du tronc d’un arbre une chrysalide et l’avait posée dans sa main pour observer le travail secret de la nature. Le futur papillon était sur le point d’éclore. Mais Kazantzàkis, trop pressé de voir le miracle se produire, décida d’accélérer le cours des choses. Il se mit à souffler de son haleine chaude sur la chrysalide. Il vit alors apparaître, au lieu d’un papillon multicolore, un insecte tout vert, étroitement enserré, les ailes flétries, les pattes collées au ventre. En voulant toucher de trop près au prodige, l’écrivain en avait fait un cadavre.  « L’angoisse m’avait saisi ; dans ma hâte, en violant une loi éternelle, j’avais tué le papillon. » (Alexis Zorba). Comme Kazantzàkis, Mishima a compris très tôt que la beauté ne devait être approchée qu’avec un respect infini et une très grande patience.

Telle devrait être la règle d’or de tout photographe animalier s’il veut « porter en lui une source de miracles… »

Gérard Louis

2 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Avatar de Lemaire Lemaire dit :

    Très belle illustration de la nature et de l’homme …
    Votre blog est à votre image Gérard, pleins de poésies et de surprises visuelles.

    Cordialement,

    Marie

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  2. Avatar de doncam doncam dit :

    Ce texte évoque avec limpidité l’esprit d’émerveillement qui anime votre âme de photographe. Merci beaucoup. Hâte de voir apparaître sur le blog ces merveilleux clichés que j’aime tant. Hâtez-vous, s’il vous plaît, le monde se meurt de fadeur. Ré enchantez-le vite !

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